A boire et à manger

Quand deux passions se rejoignent pour n'en faire qu'une: la gastronomie

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15 février 2015

Un dimanche pas du tout ordinaire

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Ce dimanche, notre petite bande était conviée à Rochechouart par Olivier R. pour un repas/dégustation. N'étant pas branché cuisine, notre hôte avait fait appel à un traiteur. Ce n'était donc pas dans les plats qu'il fallait chercher les plus grandes découvertes et émotions, mais plutôt dans les vins et les accords qu'Olivier avait choisi. Et il y en eut durant les six heures que dura le repas de sacrés beaux moments.

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Ce n'était que les mises en bouche. Le repas aurait pu quasiment s'arrêter là (ça doit correspondre à peu près aux calories que je consomme habituellement le midi). Mais on était trèèès loin. Avec celle-ci, Olivier nous avait servi une bulle :

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La forme du bouchon laissait penser que ce vin avait déjà un certain âge. En fait, il s'est avéré d'une grande jeunesse : le nez était dominé par les agrumes avec une pointe de brioche et une touche de coquille  d'huître. La bouche était tendue, étirée par une acidité vivifiante ("minérale", quoi), avec des bulles fines mais toniques. La seule difficulté était de ne pas tout boire avec la première mise en bouche. Elle devait accompagner les six...

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A la découverte de l'étiquette, je n'ai pas vraiment était surpris. Le vin faisait très Chardonnay chablisien avec des bulles. Ce qui correspond bien à la cuvée Minérale 2007 d'Agrapart. Pour l'instant on est entre bon et très bon. Dans deux-trois ans, on devrait arriver à très bon-excellent.

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Pour démarrer le "vrai" repas, un velouté d'asperge aux truffes, vraiment délicieux. Le genre de plat qui oblige à trouver un vin qui "envoie du lourd". Ca me semble bien parti avec ce qui arrive dans nos verres : belle couleur dorée. Nez ébouriffant avec des notes de cire, de miel, de truffe, d'agrumes confits, de grillé... Pffiou, on se noierait dedans. En bouche, c'est aussi large que long, avec une belle acidité parfaitement enrobée par une matière dense. On imagine un Bourgogne de (très) noble pedigree.  Du tout.

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Outch, l'humiliation. C'est un "simple" Chardonnay 2009 du domaine Hamilton Russel (Afrique du Sud). Z'exagèrent, dis donc. Y a que nous  qui avons le droit de faire du grand Chardonnay. Sinon, ou va-t-on, hein ? (ben en Afrique du Sud, par exemple...)

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Nous continuons avec des cannelonis au tourteau (et une sorte de taboulé). Ce n'est pas MON assiette, hein, mais le plat de service. Ca ferait beaucoup, sinon... Pour accompagner le plat, un second vin. Plus minéral, plus tendu, plus citronné, avec une belle mâche. Là, pas de doute, c'est du Kimmeridgien. Un grand débat s'engage pour savoir si c'est un Chablis ou un beau Sancerre (genre Clos de la Néore). Notre Olivier se marre comme un bossu, car nous n'y sommes encore pas du tout...

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C'est un vin italien issu d'un cépage et d'une appellation totalement inconnus (pour nous, en tout cas). Fiano di avellino... Sérieux ? J'ai regoûté après la découverte de l'étiquette. C'est toujours dense et minéral, intense. Vraiment chouette. On commence à comprendre que la concurrence devient rude pour les vins français...

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Le vin qui suit a une couleur dorée de folie. Au nez, c'est un festival : raisins de corinthe, orange confite, encaustique, beurre noisette... On pourrait croire qu'il est liquoreux. Mais non, la bouche opulente et fraîche est totalement "sèche". Une merveille. Je pars direct sur un vieux Bordeaux blanc. Mes amis qui n'en ont jamais bu sont circonspect, mais je maintiens le cap, car je sens des similitudes avec les vieux Laville Haut Brion que j'ai déjà dégustés. Cela s'avère logique puisque c'est ...

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...Château Haut Brion blanc 1994 ! Ben le voilà, le génie français. Sont pas prêts de faire des vins comme ça, les Italiens et les Sud-Africains (je blague, hélas...). Pour accompagner ce grand vin, un plat issu lui aussi du génie français :

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des ris de veau aux morilles et à la crème (dé-li-cieux !)

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Dernier plat : des pigeons cuits sur canapés. Et pas moins de deux vins pour leur tenir compagnie. Le premier a une teinte sombre, un peu évoluée, et des arômes "compotés" et épicés qui évoquent un Châteauneuf du Pape d'un certain âge. Si ce n'est qu'il a une fraîcheur inhabituelle pour un Rhône Sud. Encore  un coup des étrangers ? Voui :

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Brunello di Montalcino "Il Poggione" 2006. Superbe.

Le second vin a une robe beaucoup plus claire, translucide, d'un beau rubis. Le nez est une tuerie absolue, avec des notes de fruits rouges mûrs, de tabac, d'épices, de grillé. C'est difficilement racontable. Et je ne vous parle pas de la bouche, d'une finesse incroyable (ouah, ce toucher de bouche !) et en même temps d'une énergie folle, et séveuse, aussi. Ca envoie sévère, y compris dans une finale interminable, toujours sur des notes grillées. Sans savoir ce que c'est, je le classe direct dans le Top 10 des meilleurs vins rouges bus durant mon existence. C'est marrant : j'ose à peine imaginer que c'est français, car ça ne ressemble à rien de connu. Et pourtant...

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Cocorico ! C'est un Clos de Vougeot 1985 de Jacques Prieur. Ce coup-ci, l'honneur de nos vins français est définitivement sauf. Ce vin est vraiment une merveille  qui vous pénètre au plus profond de l'âme.

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Avec ce très beau plateau de fromage (dont un fromage aux truffes à mourir), un dernier vin rouge : la robe est plus sombre que le précédent, et moins évoluée. Le nez assez bizarrement lui ressemble, avec le même charmeur ravageur et toujours ces notes grillées. La bouche est plus dense, avec une sève extra-ordinaire qui confine à l'écoeurement pour certains de mes condisciples (moi, je suis aux anges). Elle est équilibrée par une très belle acidité, et une p... d'énergie. Une sorte de monstre qui ne calme pas en finale, bien au contraire. Il exulte des saveurs fruitées/fumées/grillées, limite goudronnées. On peut vraiment le trouver too much, mais impossible de rester insensible. Son acidité fait très Cabernet Sauvignon, mais le reste ne ressemble pas trop à mon référentiel bordelais. C'en est-y ? Ou pas ? Réponse ...

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Ah oui... Carrément : Beychevelle 1929 !!! Je comprends mieux maintenant pourquoi ce millésime est légendaire. Il paraît aussi jeune que les vins de 1959 (voire encore plus jeune). C'est juste hallucinant pour un vin de 86 ans ! Je n'ose imaginer à quoi il ressemblait dans sa jeunesse.

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Le repas se conclut sur des verrines glacées de chez Coudert (Limoges). La mienne est au trois chocolat (blanc, lait, noir). Evidemment, un dernier vin : sa couleur est entre l'or en fusion et le cuivre. Le nez évoque les fruits secs, l'encaustique, avec une touche de coing confit. La bouche est à la fois riche et digeste. On sent à peine les sucres résiduels alors qu'il y en a 150 g/l. Cela grâce à une acidité limite tranchante, presque germanique. Olivier C propose un Chenin. Il a tout bon :

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C'est la fameuse cuvée Constance 1997 de Huet. L'équilibre est vraiment bluffant, et la bouteille de 50 cl trop petite... On s'en resservirait jusqu'à plus soif. Un joli bouquet final d'un repas hors norme pour les vins qui y ont été servis (les plats étaient plus classiques). Merci à Olivier R pour ce très très grand moment de partage !

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Commentaires sur Un dimanche pas du tout ordinaire

    Vivement dimanche, enfin un autre dimanche parce que des moments comme celui-là c'est quand même magique. De très belles photos comme toujours et des vins de rêve.
    Bernard qui regrette toujours de ne pas t'avoir revu dans ce lieu si agréable lors de cette dernière Dive.

    Posté par Durocher, 15 février 2015 à 22:40 | | Répondre
  • Quel repas et surtout quels vins pour accompagner !! Le Haut Brion semble exceptionnel !

    Posté par Bordeaux, 30 juillet 2015 à 11:01 | | Répondre
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